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Émilie PAUVRET, (LY-GEN 2013) & Stéphanie FALLOT (TO-GBA 2004) Fondatrices de la Ferme des Pensées Sauvages

07 mars 2022 Talents
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INGÉNIEURES PAYSANNES : DE LA CALCULETTE À LA GRELINETTE…

Nos chemins se sont croisés sur les bancs de l'école… mais pas ceux de l'INSA ! Nous avons entamé une reconversion professionnelle et nous sommes rencontrées en formation agricole (BP-REA). Nous avons un projet commun d'installation en maraîchage et plantes aromatiques et médicinales qui va se concrétiser début 2022 à Maclas, dans le Parc Naturel Régional du Pilat (Loire). 

« J'ai travaillé 2 ans dans un bureau d'études en assainissement des eaux et méthanisation. Puis j'ai saisi l'opportunité, quand mon compagnon de l'époque a obtenu un contrat aux Etats-Unis, pour tout quitter et partir vivre cette expérience. N'ayant pas l'autorisation de travailler avec mon visa, j'ai cherché comment être active et utile autrement. Je suis progressivement devenue bénévole dans une ferme familiale, notamment en maraichage, et c'est comme ça que ma reconversion a commencé. J'ai toujours été attirée par les travaux d'extérieur, au contact des végétaux et je vois énormément de sens dans le fait de produire de la nourriture. Cependant cela a pris du temps pour que j'envisage réellement cette activité comme un métier car il paraissait totalement incohérent et incongru par rapport à ma formation initiale, à la voie toute tracée. J'ai appris à m'écouter. »
Emilie Pauvret – Lyon – GEN 2013 

 

« Après mon diplôme, j'ai fait une thèse de biologie moléculaire puis j'ai intégré une société de biotechnologie. Pendant 7 ans, j'ai été cheffe de projets R&D en découverte d'anticorps thérapeutiques. En 2018, cette société a fermé alors que j'avais déjà des envies de changement. Au fil des années, je me suis aperçue que j'avais plus envie de « faire » que de « faire faire » et j'ai entamé cette reconversion pour satisfaire une quête de sens dans mon métier. J'ai eu envie de créer ma propre entreprise qui concilierait mon besoin de travailler au contact de la nature et de transformer les plantes pour créer des produits naturels pour le bien-être de toutes et tous.Tout cela en faisant un travail respectueux de l'humain, de l'environnement et participant à la sauvegarde de la biodiversité. Un tel changement n'était pas évident à imaginer et me semble, encore aujourd'hui, bien ambitieux mais salutaire. »
Stéphanie Fallot – Toulouse – GBA 2004 

Ce changement de vie a pris du temps à mûrir. Il nous a fallu toutes les deux, passer par un questionnement de nos besoins, être ouvertes aux opportunités et savoir rebondir face à des événements qui nous ont conduites à sortir de nos « zones de confort ». Plusieurs rencontres inspirantes nous ont accompagnées dans ce cheminement, et notre formation d'ingénieures nous a aidées à plusieurs niveaux pour franchir le pas.
Tout d'abord, nous avons dû nous former en agronomie, physiologie végétale, pharmacognosie, protection des végétaux, mais aussi en comptabilité, gestion d'entreprise... À ce titre, les enseignements scientifiques reçus à l'INSA (biologie, chimie, mathématiques...) nous ont permis de comprendre et appliquer facilement de nouvelles notions. 

Il a bien plu à Noël à Maclas ! La mare est bien remplie et un héron s'est envolé à mon arrivée : idyllique !

Le métier d'agricultrice est un métier manuel mais c'est aussi un métier très technique qui demande d'être flexibles et réactives. Nous voulons cultiver nos végétaux selon les principes de l'agriculture biologique et les pratiques du Maraichage sur Sol Vivant (MSV). Cela implique de considérer le sol comme un écosystème global et de reconstituer, dans les terres agricoles, le cycle naturel de la fertilité à la fois physique, chimique et biologique. Pour cela, la clé est d'entretenir la vie des micro-organismes et la faune du sol pour bénéficier des services écosystémiques qu'ils peuvent rendre. Notre quotidien consistera beaucoup à trouver des solutions techniques à différentes problématiques : comment nourrir la vie du sol ? Quels végétaux cultiver et où les implanter ? Comment les entretenir, les irriguer ? Comment réagir à un gel, une sécheresse, une maladie ou l'attaque d'un ravageur ? Comment transformer les plantes médicinales pour en extraire les principes actifs ? Etc. En tant qu'ingénieures, nous avons développé notre ouverture d'esprit et notre curiosité intellectuelle, appris à assimiler des informations venant de sources variées, les analyser pour définir une solution efficace à mettre en oeuvre et la faire évoluer selon différentes contraintes. Cela nous aidera sûrement à relever les défis techniques qui s'annoncent ! 

Notre emblème est la pensée sauvage (...) son nom évoque un raisonnement qui va à la racine, à l'origine des concepts.

Notre approche nous permet d'aller à la base des mécanismes en jeu et à exercer notre sens critique sur les méthodes décrites. Étant étrangères au milieu agricole, notre ambition est de nous y intégrer tout en nous appropriant les outils. Au lieu de faire comme la majorité, nous n'hésitons pas à envisager des pratiques encore peu répandues et qui nous paraissent sensées et efficaces, telles que le MSV. C'est la raison pour laquelle notre emblème est la pensée sauvage, car en plus d'être une plante belle et médicinale, son nom évoque un raisonnement qui va à la racine, à l'origine des concepts. Une pensée libre, qui ne craint pas d'être à contre-courant, qui ne se laisse pas dicter de dogme. Pour nous aider à communiquer sur ces aspects, notre parcours scientifique apparait comme un gage de sérieux qui nous permet de renforcer notre crédibilité, notre légitimité pour appuyer et défendre nos futurs choix. Notre formation initiale d'ingénieures INSA a contribué à développer chez nous une rigueur et un niveau d'exigence élevé sur la planification et la mise en oeuvre de nos tâches. Cela nous aide dans cette période de lancement de notre activité et nous sera utile pour gérer notre entreprise. Mais cette envie de sécuriser les choses au maximum avant de se lancer, d'anticiper tous les scénarios possibles afin de construire la « meilleure » solution, peut se révéler bloquante. Le métier d'agricultrice est un métier fortement lié au vivant et comporte donc des aléas impossibles à anticiper. Il nous manque encore cette faculté à lâcher prise et agir vite même si certains paramètres nous échappent. Nous sentons que notre formation et notre expérience passée ne nous ont pas pleinement préparées à nous confronter à des éléments du réel sur lesquels nous n'avons aucune prise. 

Un autre aspect très pragmatique : pour ce projet nous devons mettre en place l'intégralité de notre outil de production. Cela implique des investissements pour acquérir le matériel de base et les revenus que nous imaginons tirer de notre future activité ne seront pas immédiats et plutôt faibles à moyen terme. Dans ce contexte, le financement de nos investissements serait difficile si nous n'avions pas, grâce à nos postes précédents, épargné de l'argent que nous pouvons maintenant mobiliser pour financer notre lancement d'activité. Et si cette installation agricole n'était pas une réussite ou qu'une raison nous pousse à arrêter, notre formation, notre expérience et notre polyvalence nous permettent d'envisager de retourner à des postes en lien avec l'ingénierie pour rebondir sans trop de difficultés. Notre précédente vie nous permet donc d'envisager plus sereinement les aspects matériels liés à ce changement de cap personnel et professionnel. C'est un luxe que tout le monde n'a pas et cela peut constituer un frein dans un parcours de reconversion. 

Notre formation INSA nous a sans nul doute aidé à construire ce nouveau projet et nous a permis de nous retrouver sur des envies, des méthodes et des sensibilités communes. Nous sommes devenues amies mais n'avions pas imaginé nous associer pour autant au départ. Notre projet d'association a pris corps il y a un an, peu de temps après que nous ayons emménagé au sein du même habitat collectif, habitat que nous partageons avec 3 autres… ingénieurs INSA !

Nous co-inventons depuis, tous les 5, un mode de vie commun où chacun vit sa vie professionnelle d'une façon différente. Pour l'heure, notre credo à toutes les deux est de créer la Ferme des Pensées Sauvages et faire le choix d'une agriculture éthique et durable. Au plaisir de vous y rencontrer prochainement ! 

 

Pour suivre Emilie & Stéphanie sur Facebook : www.facebook.com/Ferme-des-Pensées-Sauvages-100957079053308

 

Extrait de la revue INTERFACE n°143 : Diplômé INSA autrement.
Émilie PAUVRET, (LY-GEN 2013) & Stéphanie FALLOT (TO-GBA 2004) : Fondatrices de la Ferme des Pensées  Sauvages




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