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Émilie-Sivi VOLCK, (LY-GEN 2002) : Danseuse au sein de la Cie Comme tes pieds !

14 mars 2022 Talents
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DANSER, UNE IDÉE FIXE…

J'ai longtemps rougi lorsque l'on me demandait quelles études j'avais suivies… Comment avouer à un cadre supérieur que l'on a préféré le plancher des studios de danse à une belle carrière d'ingénieur ? Comment expliquer à un danseur qu'on ait passé tant de temps à résoudre des équations au lieu de parler chutes, élans et suspensions ? En plaisantant, je répondais parfois « ingénieur en danse »… et j'ajoutais plus sérieusement que j'avais sans doute choisi l'INSA de Lyon « pour les mauvaises raisons ». La seule « grande école » qui, au sortir du lycée, m'offrait à moi « petite danseuse » la possibilité d'intégrer une section Danse-études ! Une façon de s'autoriser une part de rêve sans oser vraiment se l'avouer. 

S'en sont suivies 5 années de grand huit émotionnel ! Il y avait ceux qui tenaient le coup grâce aux fameuses chouilles du jeudi soir… moi je prenais mon petit vélo et j'allais prendre des cours de danse dans Lyon pour me saouler de mouvements ! Et puis il y a eu la 2nde année enfin, et les belles rencontres de la section Danseétudes : Marie-France Carrière, Françoise Jouillé, Roland Bon, Chantal Réquéna, François Veyrunes, Denis Plassard, etc. Quels moments riches et intenses ! Plus qu'une grande respiration, une bouée de sauvetage… À certains, je dois d'avoir dansé à l'Opéra de Lyon, dans « la Dame de Pique » notamment. À une autre, d'avoir persévéré pour obtenir le Diplôme d'Etat de professeur de danse contemporaine. Au dernier, bien connu à Lyon, je dois une sorte d'héritage : la danse contemporaine comme je l'aime… le souci du détail, le plaisir du jeu, la mécanique bien huilée des contacts et des portés, la technique au service de l'humour et de l' (auto)‐dérision, la poésie du geste simple, la voix au service du mouvement ou peut‐être l'inverse finalement.

Mais revenons à la Doua… ah les artistes !... En 1999, j'intègre le Département Génie Energétique et Environnement. C'est ce dernier mot qui m'interpelle… une vague idée de sauver la planète de nos abus, sans doute. Je quitte le campus une année durant pour aller étudier en Australie où j'ai les yeux davantage rivés sur l'Opéra de Sydney que sur les bancs de l'University of Technology. De l'Outback à la Tasmanie, je mesure l'immense chance d'avoir intégré l'INSA Lyon mais c'est au studio de la Sydney Dance Company que je retourne inlassablement entre deux périples. Comme une idée fixe… 

Finalement, c'est le marché de l'emploi qui choisira pour moi ! Tandis que je peine à trouver un poste d'ingénieur dans le domaine de l'écologie, je continue de prendre les cours du Centre National de la Danse de Lyon. J'intègre une première compagnie professionnelle lyonnaise, je tourne un duo créé avec une autre « danset 1»… pour finalement me rendre compte un beau jour que mon chemin s'est tracé de lui-même (ou presque) et qu'il est temps de prendre mon courage à deux mains pour faire mon « coming out » : je serai danseuse ! Il me faudra pourtant attendre encore quelques années pour assumer ce choix artistique… comment peut-il en être autrement quand on a 20 ans et que l'on s'entend dire « quel gâchis ! ». En 2007, l'INSA de Lyon fête ses 50 ans et me repère comme faisant partie des « Anciens au parcours remarquable ». Stupéfaction ! Y aurait-il donc quelque fierté à tirer d'avoir tant étudié pour n'être finalement « qu'une danseuse » ? Je relève un peu la tête... j'avoue enfin aux danseurs que j'ai suivi des études d'ingénieur, au risque de paraître moins légitime et d'apercevoir une lueur de défiance dans leurs yeux ; je n'ai plus honte d'être le vilain petit canard au milieu des anciens élèves ingénieurs. Et plus j'ose être enfin qui je suis, plus je réalise autour de moi la multiplicité des parcours, l'infini champ des possibles, la richesse d'être une chose et son contraire.

Le mouvement ne ment pas… et quand on me demande de parler de la Cie, de son esprit, de sa démarche, je dis généralement que ce qui compte pour moi, c'est de faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux… c'est mon mantra ! 

 Aussi loin que je me souvienne, je me revois petite blonde au milieu des danseurs mélanésiens des fêtes coutumières de mon enfance : je tannais mes parents pour aller les rejoindre… J'ai toujours aimé danser, j'ai toujours voulu danser… sans jamais me permettre d'imaginer en faire un jour mon métier. Après avoir quitté l'INSA de Lyon, j'ai longtemps cru avoir perdu 5 années à étudier quand j'aurais pu suivre un cursus chorégraphique plus académique… mais aujourd'hui je réalise combien ce parcours fait ma force dans un milieu aussi passionnant que difficile. C'est à l'INSA que j'ai appris à m'organiser, être rigoureuse et méthodique, observer, analyser, travailler en équipe, persévérer, élaborer un projet, etc. C'est à l'INSA aussi que j'ai fait des rencontres inoubliables. Comment imaginer aujourd'hui que cela ait pu être une perte de temps ? La Cie Comme tes pieds ! que j'ai créée en Savoie fête cette année ses 16 ans ! En octobre dernier, elle présentait à Lyon sa dernière création « Super Shoe » ! Dans le public, d'anciennes « dansets » comme moi, au parcours plus classique mais à la passion intacte. Que de chemin parcouru, quel plaisir de voir briller dans leurs yeux le souvenir des soirs de représentations à la Rotonde, quelle joie d'en être arrivée là ! |

Retrouvez la Cie sur commetespieds.com, Facebook et Instagram

 

Extrait de la revue INTERFACE n°143 - Diplômé INSA autrement
Émilie-Sivi VOLCK, (LY-GEN 2002) Danseuse au sein de la Cie Comme tes pieds !

 


1. petit nom familier et affectif que se donnent les élèves de la section Danse-études INSA Lyon entre-eux.

 




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