#REGARDS

22 octobre 2018

Au sommaire :

→ Recherche : excellence et sens de la responsabilité au service de la société

→ Savoir rendre accessible aux publics non scientifiques, un sujet de recherche et le valoriser

→ La valorisation commerciale de la recherche : modalités et enjeux d'éthique

 

Introduction

Aujourd’hui, alors que persiste le mythe du chercheur "libre" de ses travaux, la société s’interroge de plus en plus sur la responsabilité de la recherche sur les problèmes environnementaux et industriels actuels.

Si la plupart des scientifiques et chercheurs, restent attachés à une mission de "science pure et désintéressée" jadis portée par les illustres Joliot, Curie, Pasteur…, tous reconnaissent aujourd’hui que la recherche scientifique est devenue une activité placée au cœur du développement économique et social.

Aujourd’hui, le parcours du chercheur ressemble plutôt à un chemin sinueux : faire le choix d’un sujet de recherche porteur, trouver et convaincre un directeur de thèse « installé » disposant de larges moyens, se faire une place dans un laboratoire pointu dans la thématique choisie, accepter de consacrer une part importante de son temps à obtenir les meilleurs financements publics et flirter avec le monde industriel demandeur de résultats tangibles, rapides et économiquement valorisables, sans pour autant le laisser orienter les travaux. Tiraillé, le chercheur se voit en plus gratifié de la pression des attentes de la société !!

Voilà ce qui nous a interrogés dans ce Regards#5.

Pour pousser notre/votre réflexion, nous vous proposons les trois articles suivants.

Le premier traite de la stratégie de la recherche à l’INSA Lyon, le second de la transmission des connaissances et enfin, le 3ème de l’éthique du chercheur en milieu industriel.

Bonne lecture…


 

#Recherche : excellence et sens de la responsabilité au service de la société


L’INSA Lyon pousse encore plus loin sa réflexion en matière de recherche. Après avoir structuré sa recherche autour de 5 enjeux sociétaux, l’établissement fait appel aux sciences humaines et sociales pour accompagner les sciences dures. Vers une recherche encore plus responsable.
On cherche oui, mais on cherche pour qui ? Pour quoi ? Pour une société bouleversée par de grands défis scientifiques, technologiques, environnementaux et sociétaux. Et quand on a plus de 700 enseignants-chercheurs qui œuvrent au quotidien pour faire avancer le monde, il vaut mieux parler de stratégie, d’orientations, de vision.

→ Article complet à lire sur le site de l'INSA

#Regard de Marie-Christine BAÏETTO, Directrice de la Recherche à l'INSA Lyon

 


 

#Savoir rendre accessible aux publics non scientifiques, un sujet de recherche et le valoriser

 

 

Aujourd’hui, avec tous les moyens de communication à notre disposition, nous avons accès à un ensemble incroyable d’informations. Quelques clics et nous savons tout sur notre histoire, notre monde d’aujourd’hui (voire même de demain ?) et sur les dernières avancées technologiques qui vont révolutionner notre existence. Comment exploiter ces informations, comment faire le tri et la différence entre ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas ? Il faut apprendre à trouver les bonnes sources d’informations, par rapport à leur pertinence et la confiance que nous pouvons leur accorder. Mais il faut aussi penser à apporter notre contribution, en rédigeant des articles sur des sujets qui nous tiennent à cœur. C’est pour cela que j’ai accepté avec plaisir l’invitation de collaborer à ce numéro de « Regards » pour parler de mon métier.

En tant qu’ingénieur de recherche, j’ai la chance et l’honneur de travailler avec des chercheurs dans plusieurs domaines scientifiques, dont l’imagerie médicale et l’informatique. Je lis et je rédige des articles scientifiques, je participe à des projets de recherche et des conférences internationales, qui me permettent d’échanger et de rester au contact des dernières avancés dans mes domaines d’activité.

Lors de la dernière conférence à l'occasion de laquelle j’ai participé à une table ronde, nous avons débattu au sujet de la formation et du fait que, dans certaines disciplines informatiques de pointe, il semble y avoir d’importants écarts entre ce qui est enseigné et ce qui est en train de se passer dans le monde industriel et de la recherche. Le calcul distribué et l’intelligence artificielle, par exemple, sont enseignés uniquement dans des cursus ou des formations très spécialisées.

On se demandait donc qui était en capacité de remédier à cela. La réponse qui m’est venue naturellement à l’esprit est que nous en étions tous responsables : tous les participants à cette conférence avaient les moyens de partager leur savoir et de faire avancer la formation dans ces domaines. Alors, pour valoriser mes activités « à l’extérieur » des communautés scientifiques, je m’implique autant que possible dans des formations qui permettent de transmettre non seulement des connaissances, mais aussi un grain d’expérience et de passion pour le monde de la recherche. Par exemple, j'introduis le calcul distribué et le Cloud auprès d'étudiants de l'INSA de Lyon : 8 heures de cours et travaux pratiques, c'est peu mais cela permet une première approche de ces techniques. J’interviens aussi dans des ateliers autour du calcul distribué ou des outils de spécialité tel que Dirac (http://diracgrid.org).

Dans mon activité quotidienne, je suis en charge d’une plateforme informatique dans laquelle j’intègre des outils logiciels développés par des chercheurs afin de les mettre à disposition d’autre utilisateurs académiques et de les faire exécuter par des moyens de calculs distribués, de manière transparente pour les chercheurs. Le calcul distribué et le «Cloud», dont on parle tellement aujourd’hui, permettent d’exploiter, à travers l’internet, des ressources de calcul ou de stockage distants. Le Cloud offre des services très souples, permettant, par exemple, à des utilisateurs non avertis d'utiliser des logiciels en tant que service (« Software as a Service »), comme des services de courrier électronique ou la météo en ligne. La plateforme dont je suis en charge (https://vip.creatis.insa-lyon.fr), permet justement aux utilisateurs académiques de lancer leurs logiciels de recherche en imagerie médicale à travers un simple navigateur web.

Mes principales missions consistent alors à accompagner les chercheurs dans l'intégration de leurs outils dans VIP, à développer, administrer et améliorer la plate-forme, ainsi qu'à proposer des services innovants pour la recherche. Le service sur lequel je travaille actuellement consiste à permettre la publication, depuis VIP, des outils et des données, de manière à faciliter la reproduction des résultats obtenus pour une recherche ouverte et reproductible.

VIP représente ainsi un outil utilisable au quotidien pour la production scientifique en imagerie médicale. Mais il fournit aussi des sujets de recherche dans le domaine informatique. Dans ce contexte, je travaille sur l'optimisation de différents aspects, tel que la gestion des fichiers répartis et répliqués sur des éléments de stockage distants. Ce travail est fait essentiellement à travers des simulations validées par rapport à des traces d'exécution produites par VIP, qui représentent la « vérité terrain ».

 

Mon travail d’ingénieur de recherche implique finalement beaucoup de relationnel, une grande partie d’ingénierie et une pointe de recherche. Il y a tellement de choses à chercher et à optimiser, que, plus on avance, plus on prend connaissance de tout ce qu’il reste à découvrir. Mais l’essentiel est justement d’en avoir connaissance, tout en ayant une vision d’ensemble du monde et des réalités qui nous entourent.

 

#Regard de Sorina CAMARASU-POP (LY TC 2007)

Ingénieur de Recherche CNRS, CREATIS


 

#La valorisation commerciale de la recherche : modalités et enjeux d’éthique


Après être passé par l’INSA de Lyon en Science et Génie des Matériaux (SGM) puis avoir effectué ma thèse à Mines ParisTech sur les matériaux nano composites à matrice thermoplastique, j’ai rejoint le groupe Saint-Gobain dans l’un des 8 grands centres de R&D du groupe. C’est un centre de compétence transversal, qui travaille pour tous les business du groupe, et qui amène donc à aborder de vastes sujets très variés, et à travailler sur des matériaux très divers : composites, fibres, matériaux textile, polymères, matériaux cimentaires, céramiques, etc.

Pour aborder la valorisation commerciale de la recherche, nous devons dans un premier temps nous pencher sur le fonctionnement de la recherche en industrie, et sur son positionnement, qui peut varier énormément d’un groupe à l’autre.

Le centre de recherche Saint-Gobain Research Paris fonctionne de différentes manières. Les projets de R&D, ou d’innovation peuvent provenir de plaintes de clients, qui font remonter dans un premier temps à l’équipe marketing des problèmes qualités perçus sur certains produits. Les projets peuvent également venir de la volonté interne du groupe d’améliorer foncièrement la nature du produit, en le rendant plus « eco-friendly », ou en visant un aspect technologique permettant d’ouvrir un nouveau marché.

Suivant le cas de figure, la relation entre marketing et recherche est très différente, et la valorisation commerciale de la R&D également.

Dans les 2 cas évoqués ci-dessus, un projet est lancé, afin dans un premier temps d’identifier l’origine du problème, de le quantifier en le comparant à d’autres produits (phase de benchmarking) puis de proposer différentes solutions pour le résoudre. Dans ce genre de situation, en cas de succès, la valorisation commerciale est bien présente, car le client est satisfait, le « nouveau » produit est désormais commercialisé grâce à la R&D, même si nous parlons alors plutôt de développement que de recherche véritable. En partant d’un produit déjà existant auquel une amélioration a été ajoutée répondant à un problème donné, les délais sont en général relativement courts, et il ne faut pas réfléchir à des solutions révolutionnaires qui pourraient prendre elles plusieurs années.

Les projets peuvent également provenir de volonté interne d’innovation. En effet, le groupe encourage les initiatives de chercheurs, en proposant chaque année des budgets pour des projets exploratoires, en lien évidemment avec le cœur de métier de l’entreprise. Ces projets se doivent toutefois d’être innovants et légèrement en rupture avec les projets habituels, c’est l’occasion de proposer des sujets valorisant sur le plan scientifique. C’est également l’occasion d’avancer sans la pression de l’équipe marketing ou de clients, qui pousse toujours à « agir vite » et résoudre les problèmes « rapidement ».

Moins de la moitié des sujets présentés dans le cadre de l'innovation sont sélectionnés par un comité, et encore moins donneront naissance à des produits qui seront un jour commercialisés, mais si cela est le cas, la valorisation scientifique sera alors très forte.

Il est pertinent de parler d’éthique dans ces cas-là car l’ingénieur-chercheur est constamment partagé entre deux « forces » : d'une part la volonté de traiter des sujets à forte valeur scientifique ajoutée, et d'autre part la nécessité de répondre rapidement aux besoins des clients avec des contraintes de délais et de coûts qui peuvent impacter la portée scientifique du sujet.

Heureusement, dans certains cas, ces deux forces ne s’opposent pas forcément, et il est bien sûr possible de participer à des projets innovants et répondant aux attentes du client, cela dépend évidemment de la nature et de la taille du client, de son intérêt pour la recherche, etc. C’est d’ailleurs un des avantages de travailler dans la recherche pour un grand groupe où il y a la volonté d’innover et les moyens financiers pour le faire, contrairement à la recherche académique qui manque parfois de moyens…

 

Pour conclure, je dirais que pendant ma thèse, mon directeur de recherche me disait souvent : « Le plus dur dans la recherche, c’est de savoir s’arrêter ». Il y a beaucoup de vrai dans cette phrase, car en effet il est toujours possible de creuser et d’aller plus loin. Mais aujourd’hui, pour faire écho à cette phrase je dirai que dans la recherche en entreprise, le véritable challenge consiste à dépasser les attentes commerciales, donc « le plus dur dans la recherche industrielle, c’est de réussir à continuer ! »

 

#Regard de Guillaume NORMAND (LY SGM 2012)

Ingénieur R&D Saint-Gobain Research Paris


Bibliographie :